La Veillée de Vénus (Pervigilium Veneris)
Quelles beautés du printemps n'appartiennent pas à Vénus? Quelle beauté le mois avril ne cache-t-il pas? Ce n'était sans raison que ce mois était celui de Vénus et des fêtes des courtisanes et des amantes. Voici la traduction du Pervigilium Veneris, poème de la fin de l'Antiquité, qui célèbre les beautés et le bonheur du mois de Vénus.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Avril s'ouvre, avril chante déjà. En avril naquit le monde,
En avril s'accordent les amours, en avril s'accouplent les oiseaux,
Et la forêt déploie sa chevelure sous les pluies fécondantes.
Demain, sous le couvert des arbres, Celle qui lie d'amour
Enlacera des rameaux de myrtes en huttes verdoyantes.
Demain, installée bien haut sur un trône, Dioné proclamera ses lois.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Un jour comme celui-là, de sang tombé du ciel, la masse écumeuse du grand large,
Au beau milieu de troupes d'azur et de chevaux bipèdes,
Créa Dioné qui, telle une vague, surgit de l'onde marine.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Elle colore l'année des gemmes pourpres des fleurs
Quand les boutons de roses poussent sous le souffle du zéphyr,
Elle les enfièvre tendus à faire éclater leurs calices. De la rosée lumineuse
Que laisse la brise nocturne, elle répand les gouttes mouillantes,
Qui, entraînées par leur poids, brillent, larmes tremblantes.
Prêtes à tomber, les gouttes rondes se resserrent pour freiner leur chute.
Pourpres, voici des fleurs dans leur pudeur dévoilée :
La rosée que dans la plénitude des nuits distillent les astres,
A ouvert à l'aube l'humide manteau des roses virginales en boutons.
La déesse a fait à l'aube s'offrir nues les roses vierges.
Née du sang de Cypris et de baisers de l'Amour
Et de gemmes et de flammes et d' éclats pourpres du soleil,
Demain, ce voile de feu qui la couvre et la cache rougissante,
Sans pudeur la rose l'ouvrira pour nouer un seul hymen.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Elle, la divine, a donné l'ordre à ses Nymphes d'aller au bois des myrtes.
Le jouvenceau se joint aux jouvencelles. Mais, qui irait donc croire
Qu' Amour observe une trêve, s'il emportait ses flèches ?
" Allez-y, Nymphes, Amour a déposé les armes, il observe une trêve.
C'est un ordre, il doit venir sans armes ! Il doit venir tout nu, - c'est un ordre ! -,
Pour ne blesser quiconque ni de son arc ni de ses flèches ni de sa torche.
Mais tout de même, Nymphes, prenez garde ! Qu'il est beau, mon Cupidon !
Il est tout en armes, même tout nu, Amour ! "
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Vénus t'envoie des vierges tout aussi pudiques.
Nous ne te demandons que cela: Retire-toi, Délia, la vierge,
N'ensanglante pas ce bois en y massacrant du gibier,
Laisse ses ombres verdoyantes s'étendre sur des fleurs qui se dressent.
Vénus elle-même voudrait te demander de... , mais peut-elle fléchir ta pudeur ?
Elle, elle voudrait bien que tu viennes, si cela agréait la vierge que tu es
Tu verrais nos choeurs au cours de trois nuits de fêtes,
Parmi des groupes serrés, traverser tes boqueteaux,
Sous des couronnes de fleurs, au long des huttes de myrtes.
Ni Cérès ni Bacchus ne se tiennent à l'écart, pas plus que le dieu des poètes.
Il faut y consacrer toute la nuit et veiller tout en chantant.
Que sur les forêts règne Dioné! Et toi, va-t-en, Délia!
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
La déesse a fait dresser sa tribune dans Hybla en fleurs.
Elle présidera et proclamera elle-même ses lois. À ses côtés, siègeront les Grâces.
Hybla, répands toutes tes fleurs et tout ce que t'apporte l'année !
Hybla, revêts ton manteau de fleurs aussi vaste que la plaine de l'Etna !
Ici viendront les jouvencelles des champs, les jouvencelles des montagnes aussi,
Et toutes celles qui hantent les forêts et les bosquets et les sources.
Elle leur a dit à toutes de s'asseoir, la Mère du jouvenceau ailé.
Elle leur a dit à ces jouvencelles, même s'il est nu, de ne pas du tout se fier à Amour.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Demain reviendra le jour où Éther, le premier, contractait des noces.
Pour créer, comme un père, de nuées printanières l'année tout entière,
Il s'est écoulé, pluie féconde, dans le sein de son épouse nourricière
Et s'est fondu dans son vaste corps pour sustenter toute sa progéniture.
Vénus de son souffle pénètre veines et esprit,
Que ses forces occultes de procréatrice régissent de l'intérieur.
De par le ciel et les terres et la mer, tout son royaume,
Sans fin elle affirme sa présence par la voie de la fécondité,
Elle qui a imposé au monde les modes de l'enfantement.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Elle a fait de sa descendance troyenne des Latins,
Elle qui donna une jeune Laurente comme épouse à son fils.
Ensuite, elle donne à Mars une vierge pudique d'un sanctuaire.
Elle encore, aux hommes de Romulus fit épouser des Sabines.
Ainsi créa-t-elle Ramnes et Quirites, et inscrivit dans leur postérité
+la mère+ César aussi, descendant de Romulus.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
La Volupté fertilise les campagnes, qui ressentent l'influx de Vénus.
Amour lui-même, fils de Dioné, est né, dit-on, de la campagne.
Alors qu'une terre le mettait au monde, la déesse le reçut dans son sein.
Et le sustenta elle-même des tendres baisers des fleurs.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Voilà que près des genêts les taureaux étendent leurs flancs.
Chacun se sent rasséréné par le pacte d'amour qui le tient.
L'ombre accueille les brebis et leurs mâles en troupeaux.
La déesse n'a pas fait taire les chants des oiseaux.
Les cygnes bavards de leurs voix rauques font retentir les étangs.
En écho, la jeune épouse de Térée leur répond dans l'ombre du peuplier.
On croirait que le lyrisme de sa voix traduit les élans de l'amour
Et non pas des pleurs pour une soeur, victime de ce mari barbare.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Cet oiseau chante et moi, je me tais ! Quand viendra-t-il mon printemps ?
Quand deviendrai-je comme l'hirondelle, pour ne plus me taire ?
J'ai perdu l'inspiration en me taisant et Phébus ne me regarde plus.
Ainsi en fut-il des Amycléens: ils se taisaient et leur silence les perdit.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Traduction (légèrement modifiée) : Danielle De Clercq, Bruxelles, 2004
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Avril s'ouvre, avril chante déjà. En avril naquit le monde,
En avril s'accordent les amours, en avril s'accouplent les oiseaux,
Et la forêt déploie sa chevelure sous les pluies fécondantes.
Demain, sous le couvert des arbres, Celle qui lie d'amour
Enlacera des rameaux de myrtes en huttes verdoyantes.
Demain, installée bien haut sur un trône, Dioné proclamera ses lois.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Un jour comme celui-là, de sang tombé du ciel, la masse écumeuse du grand large,
Au beau milieu de troupes d'azur et de chevaux bipèdes,
Créa Dioné qui, telle une vague, surgit de l'onde marine.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Elle colore l'année des gemmes pourpres des fleurs
Quand les boutons de roses poussent sous le souffle du zéphyr,
Elle les enfièvre tendus à faire éclater leurs calices. De la rosée lumineuse
Que laisse la brise nocturne, elle répand les gouttes mouillantes,
Qui, entraînées par leur poids, brillent, larmes tremblantes.
Prêtes à tomber, les gouttes rondes se resserrent pour freiner leur chute.
Pourpres, voici des fleurs dans leur pudeur dévoilée :
La rosée que dans la plénitude des nuits distillent les astres,
A ouvert à l'aube l'humide manteau des roses virginales en boutons.
La déesse a fait à l'aube s'offrir nues les roses vierges.
Née du sang de Cypris et de baisers de l'Amour
Et de gemmes et de flammes et d' éclats pourpres du soleil,
Demain, ce voile de feu qui la couvre et la cache rougissante,
Sans pudeur la rose l'ouvrira pour nouer un seul hymen.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Elle, la divine, a donné l'ordre à ses Nymphes d'aller au bois des myrtes.
Le jouvenceau se joint aux jouvencelles. Mais, qui irait donc croire
Qu' Amour observe une trêve, s'il emportait ses flèches ?
" Allez-y, Nymphes, Amour a déposé les armes, il observe une trêve.
C'est un ordre, il doit venir sans armes ! Il doit venir tout nu, - c'est un ordre ! -,
Pour ne blesser quiconque ni de son arc ni de ses flèches ni de sa torche.
Mais tout de même, Nymphes, prenez garde ! Qu'il est beau, mon Cupidon !
Il est tout en armes, même tout nu, Amour ! "
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Vénus t'envoie des vierges tout aussi pudiques.
Nous ne te demandons que cela: Retire-toi, Délia, la vierge,
N'ensanglante pas ce bois en y massacrant du gibier,
Laisse ses ombres verdoyantes s'étendre sur des fleurs qui se dressent.
Vénus elle-même voudrait te demander de... , mais peut-elle fléchir ta pudeur ?
Elle, elle voudrait bien que tu viennes, si cela agréait la vierge que tu es
Tu verrais nos choeurs au cours de trois nuits de fêtes,
Parmi des groupes serrés, traverser tes boqueteaux,
Sous des couronnes de fleurs, au long des huttes de myrtes.
Ni Cérès ni Bacchus ne se tiennent à l'écart, pas plus que le dieu des poètes.
Il faut y consacrer toute la nuit et veiller tout en chantant.
Que sur les forêts règne Dioné! Et toi, va-t-en, Délia!
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
La déesse a fait dresser sa tribune dans Hybla en fleurs.
Elle présidera et proclamera elle-même ses lois. À ses côtés, siègeront les Grâces.
Hybla, répands toutes tes fleurs et tout ce que t'apporte l'année !
Hybla, revêts ton manteau de fleurs aussi vaste que la plaine de l'Etna !
Ici viendront les jouvencelles des champs, les jouvencelles des montagnes aussi,
Et toutes celles qui hantent les forêts et les bosquets et les sources.
Elle leur a dit à toutes de s'asseoir, la Mère du jouvenceau ailé.
Elle leur a dit à ces jouvencelles, même s'il est nu, de ne pas du tout se fier à Amour.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Demain reviendra le jour où Éther, le premier, contractait des noces.
Pour créer, comme un père, de nuées printanières l'année tout entière,
Il s'est écoulé, pluie féconde, dans le sein de son épouse nourricière
Et s'est fondu dans son vaste corps pour sustenter toute sa progéniture.
Vénus de son souffle pénètre veines et esprit,
Que ses forces occultes de procréatrice régissent de l'intérieur.
De par le ciel et les terres et la mer, tout son royaume,
Sans fin elle affirme sa présence par la voie de la fécondité,
Elle qui a imposé au monde les modes de l'enfantement.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Elle a fait de sa descendance troyenne des Latins,
Elle qui donna une jeune Laurente comme épouse à son fils.
Ensuite, elle donne à Mars une vierge pudique d'un sanctuaire.
Elle encore, aux hommes de Romulus fit épouser des Sabines.
Ainsi créa-t-elle Ramnes et Quirites, et inscrivit dans leur postérité
+la mère+ César aussi, descendant de Romulus.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
La Volupté fertilise les campagnes, qui ressentent l'influx de Vénus.
Amour lui-même, fils de Dioné, est né, dit-on, de la campagne.
Alors qu'une terre le mettait au monde, la déesse le reçut dans son sein.
Et le sustenta elle-même des tendres baisers des fleurs.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Voilà que près des genêts les taureaux étendent leurs flancs.
Chacun se sent rasséréné par le pacte d'amour qui le tient.
L'ombre accueille les brebis et leurs mâles en troupeaux.
La déesse n'a pas fait taire les chants des oiseaux.
Les cygnes bavards de leurs voix rauques font retentir les étangs.
En écho, la jeune épouse de Térée leur répond dans l'ombre du peuplier.
On croirait que le lyrisme de sa voix traduit les élans de l'amour
Et non pas des pleurs pour une soeur, victime de ce mari barbare.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Cet oiseau chante et moi, je me tais ! Quand viendra-t-il mon printemps ?
Quand deviendrai-je comme l'hirondelle, pour ne plus me taire ?
J'ai perdu l'inspiration en me taisant et Phébus ne me regarde plus.
Ainsi en fut-il des Amycléens: ils se taisaient et leur silence les perdit.
Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour.
Traduction (légèrement modifiée) : Danielle De Clercq, Bruxelles, 2004

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